Ernest Hemingway et Gertrude Stein: la rencontre

Ernest Hemingway, durant ses années parisiennes de 1921 à 1926, évoque ses rencontres chez Gertrude Stein dans son studio 27 rue de Fleurus à travers son ouvrage publié de manière posthume : Paris est une fête. « Ma femme et moi avions été nous présenter à Miss Stein, et celle-ci, ainsi que l’amie qui vivait avec elle, s’était montrée très cordiale et amicale et nous avions adoré le vaste studio et les beaux tableaux : on eût dit l’une des meilleurs salles dans le plus beau musée,(…). »

Un jour que la femme d’Hemingway convia Miss Stein et sa compagne à prendre le thé, Gertrude Stein commenta les nouvelles d’Hemingway: « C’est bon, dit-elle, il n’y a pas de doute la-dessus. Mais c’est inaccrochable. Je veux dire que c’est comme un tableau peint par un artiste qui ne peut pas l’accrocher dans une exposition et personne ne l’achètera non plus parce que nul ne trouvera un endroit pour l’accrocher. »

La leçon de Gertrude Stein sur la manière de collectionner des tableaux

Ne cherchant pas à polémiquer ni à discuter, et préférant de loin écouter, Ernest reçut également de Miss Stein une leçon sur la manière de collectionner des œuvres d’art :

« Cet après-midi là, elle nous apprit aussi comment acheter des tableaux.

Vous pouvez acheter soit des vêtements, soit des tableaux, dit-elle. C’est tout le problème. Sauf les gens très riches, personne ne peut acheter à la fois les uns et les autres. Ne faites pas attention à la façon dont vous êtes habillés et encore moins à la mode, et achetez des vêtements qui soient solides et confortables, et l’argent que vous aurez économisé vous servira à l’achat des tableaux.

– Mais même si je n’achetais plus jamais un seul costume, dis-je, je n’aurais jamais assez d’argent pour acheter le Picasso dont j’ai envie.

– Non, il n’est pas dans vos prix. Achetez les tableaux d’artistes de votre âge – des gens qui ont fait leurs classes, dans l’armée, en même temps que vous. Vous ferez leur connaissance. Vous en rencontrerez dans le quartier. Il y a toujours de bons peintres parmi les jeunes. »

Ces bons conseils ont pratiquement 100 ans et les magasins de prêt-à-porter qui existent aujourd’hui par milliers relèguent à une époque révolue le choix cornélien entre vêtir sa peau ou revêtir ses murs de tableaux. Mais l’idée de porter son choix vers des jeunes artistes afin de débuter une collection reste éminemment judicieux de nos jours. Il ne faut pas brûler les étapes, ne pas être trop pressé : Acheter en fonction de ses coups de cœur et de ses moyens. La notoriété croissante des artistes qui composent la collection va naturellement et progressivement donner de la valeur à celle-ci.

Il y a tellement de talents émergents autour de nous! Le plaisir est à portée de main.

Partagez : Share on FacebookShare on Google+Tweet about this on TwitterShare on LinkedIn