A l’occasion des quatre-vingt ans de l’artiste, le Centre Pompidou, en collaboration avec la Tate Britain de Londres, le Metropolitan Museum de New-York et grâce aux prêts de collectionneurs du monde entier, propose une exposition rétrospective de David Hockney visible jusqu’au vingt-trois octobre 2017. On y chemine, chronologiquement, à travers soixante ans de pratique artistique versatile, inventive et curieuse. Si la peinture elle-même constitue le sujet principal de l’œuvre de David Hockney, il n’en n’a pas moins utilisé tour à tour toutes les techniques de son temps : photographie, fax, ordinateur, imprimante, iPad.

 

collage sur papier journal autoportrait de David Hockney

Self portrait, David Hockney, 1954 (collage sur papier journal)

 

Il s’autorise aussi toutes les références, tous les emprunts, tous les dialogues avec les artistes qui sont ses contemporains (comme pour questionner l’évolution de la peinture en marche) et parfois avec des maîtres du passé (une annonciation peinte par Fra Angelico serait à l’origine de sa vocation artistique, tant il admire la netteté de l’image, sa structure, la fraicheur des coloris.

 

Dans ses œuvres de jeunesse, il se trouve confronté avec l’abstraction qui a alors le vent en poupe, portée par des peintres New-Yorkais comme Jackson Pollock ou Willem De Kooning. Il en sort rapidement, en s’emparant du style primitif du peintre français Jean Dubuffet, usant comme lui de personnages naïfs et de graffitis.

 

La plus grande leçon qu’il ait jamais retenue de l’un de ses pairs est celle de Picasso, chez qui il voit dix peintres en un seul : l’éclectisme stylistique, ou ne jamais s’enfermer dans un style donné, fuir toute formule (ce qu’il appelle « le truc de l’artiste ») une fois qu’elle a été assimilée, maitrisée, pour préférer se lancer à chaque fois dans une nouvelle aventure.

 

En 1964, le peintre originaire du nord de l’Angleterre découvre une Californie solaire. Il est fasciné par un mode de vie américain très différent de ce qu’il a pu connaître, tourné vers le bien être existentiel et physique. Ce confort américain s’exprime par les piscines omniprésentes. Cela donne lieu à la série des tableaux de David Hockney dédiés aux piscines qui a fait son succès; la toile la plus emblématique étant « A bigger Splash », qui réunit des symboles de l’imaginaire lié à Los Angeles et Hollywood, tels que la maison moderne, la possession de la piscine, la chaise de metteur en scène.

 

Tableau "A Bigger Splash" du peintre David Hockney

A Bigger Splash, David Hockney, 1967

 

Le tableau « Portrait of an Artist (Pool with Two Figures) », fait le lien entre cette période des piscines et celles des doubles portraits. On peut l’interpréter, au delà de tout son intérêt visuel, comme une traduction sentimentale de la fin de la communication entre deux êtres (les personnages évoluent dans des milieux différents, séparés, s’ils se parlaient ils ne pourraient pas s’entendre) puisqu’il s’agit d’une œuvre peinte au moment de sa rupture avec Peter Schlesinger.

 

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Portrait of an Artist (Pool with two figures), David Hockney, 1972

 

Les doubles portraits, peints lentement voire laborieusement, en plusieurs mois chacun, étudient, derrière un rendu presque photoréaliste (avec tout de même des trouvailles visuelles astucieuses propres à Hockney, comme la simplification efficace du rendu d’une surface vitrée avec une série de hachures blanches) la relation entre les deux protagonistes d’un tableau, qu’elle soit affectueuse ou curieusement révélatrice d’une distance.

 

tableau de David Hockney de la série des doubles portraits "Henry Geldzalher et Christopher Scott", 1969

Henry Geldzalher et Christopher Scott, David Hockney, 1969

 

Remettant alors en cause le niveau de réalisme qu’il avait fini par atteindre à force de perfectionnement technique, David Hockney se donne pour mission de dépasser la photographie. Il trouve encore une fois une réponse auprès de Picasso, considérant que le cubisme retranscrit mieux la réalité qu’une représentation photographique puisqu’on peut tourner autour de son modèle. David Hockney se met alors à pratiquer le photomontage (le sujet est décrit par une juxtaposition de polaroïds pris sous des angles différents : voir la partie consacrée dans notre article sur l’exposition Picasso mania), ou encore l’assemblage de petits tableaux pour en faire un grand (un moyen de dire que chaque morceau correspond à un moment de vision particulier, ce qui introduit du même coup la notion de temps).

 

9 canvas study of the Grand Canyon (9 études sur toiles du Grand Canyon), David Hockney

9 canvas study of the Grand Canyon, David Hockney, 1998

 

Les rouleaux de la peinture classique chinoise influencent aussi sa préoccupation perpétuelle de l’espace, car ils déroulent sur dix à quinze mètres une représentation du monde en mouvement, retranscrivant l’enregistrement par l’artiste chinois de son mouvement devant le paysage (contrairement à la posture figée face au sujet du peintre occidental classique). David Hockney interprète à sa manière le mouvement en s’intéressant à la route : il peint, dans des couleurs lumineuses et joyeuses évoquant Matisse, des paysages tels qu’un automobiliste peut les voir : une somme de moments de vision vécus à l’échelle de plusieurs kilomètres.

 

acrylique sur toile "Nichols Canyon", du peintre David Hockney, 1980

Nichols Canyon, David Hockney,1980

 

Tout au long de son œuvre, David Hockney continuera d’étudier le mouvement et sa relation à l’espace. Il n’hésitera pas à déconstruire la perspective classique et même à l’inverser : la perspective ne fuit pas vers l’arrière du tableau mais au contraire vient vers nous.

 

Tableau du peintre David Hockney "Large Interior, Los Angeles" en 1988

Large Interior, Los Angeles, David Hockney, 1988

 

Après quelques « peintures fraiches », la rétrospective proposée par le Centre Pompidou se termine par un message écrit par Hockney à même le mur : « Love Life ». Ce mot de la fin contient l’essence de son art : exprimer la joie qui est la sienne devant le spectacle du monde. Un dessein simple qui a recours à des formes plastiques néanmoins sophistiquées, et surtout sans cesse renouvelées, car comment pourrait-on encore s’étonner, s’émerveiller, écarquiller les yeux à la manière d’un enfant, si tout était rôdé, attendu?

 

Last Paintings david Hockney 2017 centre Pompidou

Interior and exterior with flowers, David Hockney, 2017

 

Tableau Bigger trees near Water du peintre David Hockney, 2007

Bigger trees near Water, David Hockney, 2007

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