Aujourd’hui, après maintes infortunes estampillées SNCF, je m’apprête à rendre visite à notre artiste adepte du noir et blanc et passionné d’images d’archives Gabriel Folli.

J’arrive en gare d’Amiens. S’ensuit une longue avenue commerçante, toute droite. Nous sommes au cœur de l’hiver. « La vague de froid » ressassée par les médias, celle dont on n’a plus l’habitude. « J’ai voulu faire mon cow-boy avec ma petite veste », me dit Gabriel Folli. Nous arrivons à son immeuble et montons.

Il habite une petite tour. L’appartement ne possède pas de mur droit. Une succession de meubles aux proportions réduites aménagent son pourtour, essayant de suivre la courbe sans occasionner de trop longue cassure. La lumière vient du haut. On admire la cathédrale gothique Notre-Dame d’Amiens par une fenêtre de toit, le Beffroi par une autre. Un escalier massif mène à l’étage. En bas est le territoire de Gabriel Folli, qu’il occupe de jour comme de nuit. Un bureau pour écrire, réfléchir. Un ordinateur pour chercher, sélectionner, s’informer. Un pan de mur où fixer ses formats et dessiner, principalement au fusain.

Le coin dessin au mur

Le coin dessin au mur de Gabriel Folli

Quand Gabriel Folli ne travaille pas chez lui, il participe à des workshops (notamment aux beaux arts de Bruxelles), anime des ateliers (à destination de groupes scolaires, lors de cours du soir pour adultes…), monte des expositions, rencontre des collaborateurs. La mobilité chez lui est un principe. Il considère qu’à Amiens l’art contemporain se porte moins bien que le théâtre et la musique et place comme premier intérêt de ce choix géographique la proximité avec les villes de Paris (où il se rend une à deux fois par mois), Lille, Bruxelles (où il passe généralement trois jours d’affilée par mois). Amiens compte tout de même neuf centres culturels, dont Le Safran où Gabriel Folli intervient fréquemment.

Comment Gabriel gère-t-il son temps sur l’échelle d’une journée ? En fait, le plus gros de sa production artistique se joue la nuit… «  Je me lève vers 10H30. A partir de 14H, je regarde toute l’actualité artistique : sur internet, dans la presse, via des documentaires vidéos. Je me consacre aussi à tout ce qui est communication, réseaux sociaux. C’est ça aussi la vie d’artiste ! Je prends des photos de mes travaux, je les publie. Je sélectionne les images à partir desquelles je compte travailler la nuit. Ce sont celles qui m’intriguent tout en me donnant quelques indices sur ce que sont les lieux ou les personnes, mais ce sont aussi celles qui me plaisent le plus esthétiquement, souvent celles qui sont les plus contrastées ». Gabriel profite de la solitude de la nuit, de cette ambiance particulière, sans repère, où l’on n’est pas dérangé, pour exécuter ses projets. Il se sent plus motivé, plus efficace. « En fait, je n’aime pas me mettre des limites, avoir des horaires fixes, être coupé… La nuit je peux travailler des heures durant, quelquefois même la nuit entière. J’arrête tout simplement quand j’en ai assez ».

Des heures de recherches précèdent le dessin

Des heures de recherches précèdent le dessin

Les dessins au fusain sur plans d'architecture

Les dessins au fusain sur plans d’architecture de Gabriel Folli

Mais en dehors de la peinture et du dessin (à ce jour, son domaine de prédilection), Gabriel Folli, friand d’expérimentations variées, cultive des projets sonores et vidéos. Ainsi, il a collaboré avec le groupe amiénois Audiostone pour une projection de dix-sept minutes; leur démarche de réappropriation de sons (vinyles, cassettes audios…) résonnant avec sa propre démarche de réappropriation d’ images trouvées. Il a aussi commandé à l’artiste Bruxellois Pierre Rebufy une musique pour la vidéo « Beach memories » qu’il a mise au point à partir du montage de fragments vidéos personnels projetés et refilmés.

Gabriel définit – à juste titre – le choix du métier d’artiste comme un projet de vie. « Ne pas beaucoup penser à l’avenir, bosser, bosser, bosser, me lever pour ça. Prendre le temps, ne pas trop chercher à correspondre à une tendance, juste avancer. Je ne vois pas au delà d’un an à l’avance, ce qui correspond au délai des projets prévus ». Il ajoute « Je viens d’avoir vingt-six ans, j’ai encore le temps de prendre des risques, d’avoir du temps libre, avoir parfois même le temps de flâner, parce que c’est primordial pour la réflexion ».

Les peintures à l'huile

Les peintures à l’huile de Gabriel Folli

Dans un monde incertain, où la précarité dans le monde professionnel grandit, le statut d’artiste lui apparaît comme cohérent : tout miser sur ce qu’on aime. «  Je considère que chacun a sa chance de trouver quelque chose d’excitant dans sa vie, explique-t-il, mais par ailleurs, être artiste ce n’est pas juste une chance, c’est aussi être capable de prendre des risques ». L’idée d’une civilisation en déclin traverse son travail. La fragilité de l’environnement, d’un avenir, transparait dans la fragilité de ses créations. Se plonger dans une image s’avère sa manière personnelle de mieux réfléchir à ce qui l’entoure. « En cernant davantage le monde, je cerne mieux mon boulot », conclut-il.

 

Le matériel de dessin

Le matériel de dessin

J’attends désormais avec impatience de découvrir le film « Regard sur l’art contemporain » préparé par le professeur en fac artistique d’Amiens Pierre Boutillier, une expérience de tournage riche pour Gabriel Folli qui s’est déroulée quelques jours avant ma venue.

Gabriel Folli présente ses œuvres sur papier

Gabriel Folli présente ses œuvres sur papier

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