Vincent
GAUTIER
Paris, France

Vincent GAUTIER

Vincent Gautier est né en 1981 à Strasbourg. Il vit et travaille à Paris.
Sa maîtrise de la facture hyper réaliste découle de l’habitude d’observer chaque chose dans le détail acquise par un parcours professionnel parallèle dans la publicité et la création d’effets spéciaux pour le cinéma.
Son talent est récompensé en 2015 par sa participation au célèbre salon de Montrouge ; par ailleurs, les visuels de ses peintures font parties de ceux les plus utilisés par la presse pour illustrer les articles traitant de ce salon.

Derrière l’efficacité publicitaire et la perfection des images flashy, sexy et dynamiques de Vincent Gautier, que nous recevons de prime abord comme aussi limpides que l’eau chlorée d’une piscine, se cachent subtilités, contradictions et ironie : les apparences sont toujours trompeuses. Il est question d’un fantasme commun, mondialisé, injecté en intraveineuse par la culture hollywoodienne telle que nous la présente les médias. Tous les codes de la séduction sont mis en œuvre pour nous faire adhérer au premier regard à l’univers esthétique proposé, comme un coup de foudre. Mais bien vite, le malaise s’insinue et le bain tiède vire à la douche froide : quelle possibilité d’exister personnellement dans cette fausse aspiration commune prémâchée, stéréotypée, forcément décevante comme une fête un peu ratée, écœurante par excès de mauvais goût, ennuyeuse car sans aspérité et débilitante? Le coup de massue final est porté au regardeur qui se trouve désigné comme voyeur par la spécificité des cadrages et des points de vue, semblables à ceux de photos de vacances prises à la dérobée au moyen d’un smartphone inconvenant.

EXPOSITION TEMPORAIRE

Septembre 2015 : La défense changez de point de vue, Tour euler/hermès, Courbevoie, France
2015 : 60e Salon de Montrouge, Le Beffroi, Montrouge, France
2014 : Cabinet 2D, paris 1er, France
2011 : Smart store, paris 9, France

PUBLICATIONS

Beaux Arts magazine, Mai 2015, France
Les Inrockuptibles, n°1013 du 29 avril au 5 mai 2015, France
Le parisien Magazine, 29 Mai 2015, France
Lui magazine, n°18 mai 2015, France

Dans l'atelier de Vincent Gautier

Vincent Gautier vit dans le second arrondissement de Paris, dans le quartier du Sentier, joliment animé tout en restant agréable et charmant. Lorsque je me suis rendue chez lui pour l’interviewer, il se préparait à partir pour installer une exposition, organisée par le magasine hebdomadaire gratuit « Stylist ». Tandis que certaines toiles étaient posées contre les murs dans l’attente du départ, « Doomsday Carwash » trônait au milieu de la pièce pour une séance de retouches de dernière minute. Vincent m’a expliqué qu’il ne pouvait s’empêcher de revenir cent fois sur des toiles supposées être finies… Il s’est donc consacré à ses reprises de contrastes tout en répondant à mes questions.


Vincent Gautier et sa toile Doomsday Carwash


Depuis quand peins-tu et comment en es-tu venu à la peinture ?

Mes parents étaient propriétaires d’un grand hôtel en Alsace, et pour décorer les chambres, ils achetaient des tableaux à une certaine Valérie, qui peignait des bouquets de fleurs qu’elle faisait ensuite reproduire en Chine pour les démultiplier. Ces tableaux étaient vraiment catastrophiques : les originaux eux-mêmes n’étaient pas terribles, et les copies semblaient « peintes avec les pieds »… Mes parents ne s’extasiaient pas devant ces tableaux, mais il y avait l’idée « qu’il fallait bien décorer les chambres » et qu’au moins cela ne coûtait pas trop cher. Comme je me plaignais sans arrêt de ces peintures horribles, ma mère m’a lancé un jour « tu n’as qu’à faire mieux ». Je l’ai prise au mot, et j’ai tâché de faire mieux. J’ai alors découvert que j’y parvenais sans peine. Mais à ce moment, ayant toujours baigné dans les thèmes floraux, j’ai continué la même chose : des tableaux de fleurs. Tout est donc parti de ma mère et de son goût fort discutable en matière de peinture… Ensuite, j’ai réalisé une série de tableaux sur le thème du jazz. C’était lié à un concert qu’organisait mon père. J’ai peint cela sans réfléchir, ça ne me plaisait pas vraiment, je l’ai fait presque comme un robot, d’autant plus que je n’aime même pas le jazz… Mes parents ont trouvé cela très bien, mais moi pas… L’hôtel de mes parents a été vendu depuis mais je crois que ces toiles, qui plaisaient aux repreneurs, sont toujours sur les murs…
Et puis finalement, lassé de peindre des choses pour lesquelles je ne ressentais rien et basées sur les goûts des autres, j’ai commencé en 2010 à peindre des sujets qui m’intéressaient vraiment !


Comment germe dans ton esprit l’idée d’un tableau ?

C’est une question difficile ! En fait une idée m’apparaît, qui me reste en tête et peut même rester des années… C’est une idée plutôt d’ordre visuel, même si finalement l’image produite peut prendre une forme différente de l’idée initiale. Je dirais que l’idée s’installe en moi sans que j’aie vraiment l’impression d’en être l’auteur, je la reçois simplement. Parfois, l’idée vient d’une scène que j’ai vécue, d’une situation dont j’ai été le témoin, mais là encore, je n’ai rien provoqué : dans les deux cas, je subis.


Comment à partir de cette idée prépares-tu les ingrédients de l’image que tu as en tête, est-ce que tu réunis des éléments photographiques, des croquis ?

Je peins le plus souvent des scènes qui ne pourraient pas exister en vrai. Prenons l’exemple de « Doomsday carwash », personne ne ferait ça, ne se jetterait sur le capot d’une voiture de cette façon… Mais pour que j’assume mon tableau comme étant crédible, il faut que j’apporte certains éléments de détails qui soient crédibles. Je fais donc quelques recherches pour tout ce qui est vêtements, imprimés, objets manufacturés. Il faut que j’y croie moi-même. Pour ce qui est des poses des personnages, soit je réalise quelques croquis préparatoires, soit je me lance directement sur la toile avec des feutres à l’eau, que je peux effacer facilement en un coup d’éponge si ça ne convient pas.



Détail de Doomsday Carwash


Y a-t-il des contextes qui te donnent envie de peindre ?

Pas vraiment, mais il y a des musiques qui me donnent envie de peindre et que j’associe complètement à un tableau, même si ce que raconte le morceau n’a rien à voir avec mon thème. Je peux écouter la même musique en boucle pendant tout le temps d’un tableau, ou regarder le clip sans arrêt. Une musique s’avère être une sorte de catalyseur et marque aussi le temps : je sais qu’à tel passage il y a cinq minutes d’écoulées.


Une palette qui a vécu!


Les tubes d'acrylique de l'artiste


Qui sont tes modèles, t’arrive-t-il de faire poser des gens ?

J’ai essayé une fois de faire poser un modèle et c’était désastreux… Je n’ai jamais eu autant d’éléments pour travailler et pourtant je n’en n’ai rien fait de bon, ça ne faisait pas vrai. Donc désormais je n’utilise plus de modèles ; mais parfois sans que je le fasse exprès les personnages que je peins se mettent à ressembler à des gens que je connais.


Tous tes titres sont en anglais, pourquoi ?

Il y a une efficacité de la langue anglaise qu’on ne retrouve pas dans le français. Certains termes très spécifiques existent en anglais et ne trouvent pas d’équivalence en français, comme « carwash ». Et puis c’est bête à dire mais je trouve que l’anglais donne un côté cool !



Les toiles sélectionnées pour l'exposition


Dans « doomsday carwash » justement, tu as intégré deux inscriptions : « I hope », et « we will fall », est-ce à lire en une seule phrase ?

Oui.


C’est donc ton souhait?

Oui. Je considère que ce monde entier est perdu et qu’on n’a que ce qu’on mérite. Dans ce tableau je mets tout le monde dans le même sac… sauf ce personnage masculin en premier plan, il reste un peu en dehors de la scène, il se questionne ou voit peut-être un espoir.

Le monde me parait engagé dans une mauvaise voie, parfois je me dis… on déploie des prouesses technologiques incroyables, on a porté internet à son maximum, on installe la fibre optique partout… tout ça pour partager des photos de chats et des commentaires ineptes sur twitter !

Les gens se plaignent beaucoup, alors que dans le fond ils possèdent les mêmes défauts que ceux qu’ils critiquent et dont ils se plaignent… Il faudrait déjà commencer par être plus vertueux soi-même…

Rehauts de lumière dans la bonne humeur


Parle-moi de tes activités professionnelles en dehors de la peinture ?

Je travaille pour le cinéma et la publicité, comme réalisateur ou infographiste, je peux aussi bien créer des effets spéciaux pour des longs métrages sur des séquences très courtes, que des films d’animations, des sites internet, créer des publicités en format vidéos, affiches, images 3D animées…

J’ai eu la chance de travailler très vite avec de grandes marques, comme Yves Saint Laurent, Guerlain, Lancôme. C’est un travail que j’ai commencé tout de suite à la sortie des études, parce que j’avais les bons contacts et que ça payait bien. C’est un domaine fascinant, avec un système hiérarchique très fort. J’ai appris à perdre toute susceptibilité. Au final, c’est celui qui paye qui décide, je fais ce qu’on me demande sans aucune velléité artistique (à l’inverse, pour ceux qui arrivent dans ce milieu en pensant avoir une vision artistique à défendre, ça peut être très dur). Il y a des centaines de réunions relativement inutiles autour de chaque projet, pour essayer de valider au maximum ce qu’on va faire, et puis finalement il y a toujours une raison pour qu’au dernier moment on fasse complètement autre chose : l’actrice ou le photographe a dit non, la maison où devait avoir lieu le tournage n’est pas disponible à cette date… Et puis il y a aussi ce que j’appelle « le syndrome de la femme du président ». Tout au long du projet on a affaire à des personnes qui ne sont pas les décideurs, et qui ne présenteront le travail à leurs supérieurs qu’au moment où on arrive presque à la fin. Et subitement, quand le supérieur le plus haut placé prend enfin connaissance du projet, on a l’impression qu’il demande abruptement son avis à sa femme qui dit alors « je rajouterais bien un dauphin ». On se retrouve souvent à faire des choix absurdes, improductifs, voire même des contre-sens !

Bien que je dise trouver le monde de la publicité fascinant, je pense aujourd’hui en avoir fait le tour : comme il y a beaucoup d’imitation, j’ai maintenant l’impression de faire des choses que j’ai déjà faites, parce que les mêmes demandes reviennent toujours. Les gens partagent tous les mêmes références. Par exemple, à une période, tout le monde arrivait à la première réunion de brief en citant « 2001, l’Odyssée de l’Espace », quel que soit le sujet et quand bien même ça n’avait rien à voir avec leur activité ou leurs contraintes. Et puis plus tard, il y a eu la période « apple ». Tout le monde voulait se revendiquer d’apple, par exemple « on veut être l’apple du fromage râpé », c’était très drôle.

Dans la publicité, les gens sont d'une absolue médiocrité, mais c'est sans doute que je suis moi même trop médiocre pour travailler avec des personnes de talent.



Chez Vincent Gautier, ambiance et objets fétiches


J’ai envie de clore cette interview en te demandant si tu as des maîtres en peinture ?

Je citerais d’abord Norman Rockwell, qui a d’ailleurs aussi commencé dans la publicité en tant qu’illustrateur, et dont j’admire le côté très besogneux. J’aime ses toiles à la fois réalistes et caricaturales.

Chez le peintre italien Boldini, j'affectionne les figures féminines très alanguies de la haute bourgeoisie.

Les toiles de Rothko me fascinent littéralement, même si je me positionne moi-même à l’opposé et serais pour l’instant incapable d’abstraction.

J’ajouterais pour finir Edward Hopper, j’apprécie la façon dont il travaille finement certaines parties pour aller plus vite sur d’autres, et même quand c’est plus « vite fait », ça fonctionne à merveille. Lors de la rétrospective au Grand Palais, j’ai été très attiré par certains paysages, et marqué par une toile, « Intermission », qui représente une femme assise toute seule dans une salle de théâtre vide. Elle semble pensive voire triste, mais cependant, peut-être que même si elle est seule, elle est contente d’avoir assisté à la représentation, elle est quand même venue… Elle m’a beaucoup touché.


Tu la sauverais de cette fin du monde que tu annonces dans « Doomsday carwash »?

Oui, elle je la sauverai.

Les artistes présents sur l’Oeuvre et l’Atelier font preuve d’un engagement artistique fort et ont déjà été repérés, mis en lumière, primés par les professionnels de l’art (consultez leurs CV dans les onglets « expositions »). Acheter des œuvres d’art sur l’Oeuvre et l’Atelier c’est récompenser des artistes investis et des démarches authentiques. C’est miser sur le talent, parier sur des « valeurs montantes » de l’art contemporain, contribuer à l’aventure de la carrière de nos artistes, et participer à l’histoire de l’art en train de se faire. Chez l’Oeuvre et l’Atelier, la proximité avec nos artistes est primordiale et totalement liée à notre passion pour leur travail ainsi que notre volonté de les soutenir et de les accompagner sur un bout de leur chemin artistique. C’est pourquoi nous avons rencontré chacun d’eux personnellement, avons échangé sur leur vision artistique et le sens de leurs œuvres, avons tissé des liens pérennes avec eux. La richesse de leurs personnalités fait la richesse de notre galerie en ligne. Nous diffusons et valorisons leur travail en le rendant accessible à la vente en ligne mais aussi en l’expliquant. Nous vous donnons toutes les cartes en main au moment de faire le choix de l’acquisition d’une œuvre d’art ou pour fonder votre décision de collectionner les œuvres d’un de nos artistes.

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